Judas Coyne est un vieux rocker de 54 ans en fin de carrière qui s’amuse à collectionner des objets macabres : de vieux grimoires, snuff films et autres cossins gothiques. Son agent lui mentionne que le fantôme d’un homme récemment décédé vient d’être mis aux enchères sur Internet par sa fille. Le défunt serait attaché à un vêtement lui ayant appartenu. Si ce vêtement trouve un nouveau propriétaire, le fantôme suivra.

L’occasion est trop belle pour Coyne, qui voit en ce fantôme l’ultime objet de collection. Il achète le vêtement (un vieil habit), qui lui est plus tard livré dans une boîte en forme de coeur, d’où titre. Il se rend compte rapidement qu’il ne s’agit pas d’un canular. Le fantôme ne perd pas de temps à se manifester, et il ne semble pas très sympathique…

J’avais le goût de lire un bon vieux roman d’horreur gothique et j’ai été fort bien servi avec Heart-Shaped Box, premier roman de l’écrivain américain Joe Hill (il a depuis écrit Horns). L’histoire est fort bien imaginée, on ne voit pas venir les rebondissements, et surtout, c’est assez bien écrit pour que le poil de la nuque nous r’trousse par moments.

Autre facteur de jouissance : le fantôme est méchant, et le demeure jusqu’à la fin. Pas comme ces films poches où on se rend compte à la fin que le fantôme est en fait un-gentil-qu’on-pensait-qu’y faisait-peur-mais-qu’en-fait-y-cherchait-de-l’aide-le-pauvre.

Ah, et pour votre gouverne, sachez que Joe Hill est le fils d’un auteur qui ne s’est pas trop mal débrouillé dans le genre fout-la-trouille : Stephen King.

À noter que ce livre a été traduit en français sous le nom de Le costume du mort.

Charlotte before Christ est le premier roman d’Alexandre Soublière et, comme le titre ne le dit pas, c’est québécois et c’est écrit en français. Enfin, presque.

Sacha est un universitaire, fils de riche et face à claques. Charlotte étudie en danse et, malgré son jeune âge, cette fille sublime est déjà poquée par la vie. Les deux sont intensément amoureux. L’histoire raconte cet amour vécu à l’ère des textos, des webcams et du parler bilingue.

Oui, le roman est en français. Toutefois, surtout dans le cas des dialogues, l’auteur opte parfois (trop souvent?) pour l’anglais. Cette forme d’écriture qui avait d’abord tendance à me tomber royalement sur les nerfs, a réussi à me rejoindre. Ce qui me semblait prétentieux en début de roman, s’est finalement imposé comme un choix audacieux certes, mais efficace.

L’histoire se déroule sur quelques semaines/mois et nous permet d’être témoin de l’intensité de leur relation et par la même occasion de grossir à la puissance 10 l’ego démesuré et le je-m’en-foutisme de cette génération. C’est choquant, osé, trash et désolant tout à la fois.

Ce n’est pas toujours une lecture agréable, mais je ne crois pas que c’est ce que recherchait Alexandre Soublière. Son livre interpelle et dérange, c’est déjà beaucoup.

 

Je m’étais promis de lire un roman de Don DeLillo pendant ce marathon du 100 en 100. Plusieurs critiques le considèrent comme l’un des grands écrivains américains des 25 dernières années. Après avoir lu Cosmopolis, je ne sais pas encore quoi penser de l’auteur.

L’histoire raconte une journée dans la vie d’Eric Packer, un milliardaire de 28 ans de New York qui embarque dans sa limousine pour aller se faire couper les cheveux. Sa route sera ponctuée de plusieurs rencontres et événements qui lui feront réfléchir sur sa vie et la société en général.

Cosmopolis est un livre fort bien écrit mais dont la narration glaciale nous empêche de s’identifier aux personnages. Le roman nous met au défi de rester confortablement assis dans la limousine à écouter philosopher Packer et ses sous-fifres sans se dire « assez! Bye » et quitter. Le dernier livre qui m’a fait ressentir un détachement semblable fut American Psycho de Bret Easton Ellis. Dans ces cas-là, je suis toujours déchiré entre l’admiration et le sentiment de tomber dans un piège à cons.

J’ai choisi d’aimer Cosmopolis pour la qualité du texte et, comme le roman n’est pas très long, je n’ai pas eu vraiment le temps de m’emmerder. En tout cas, il m’a donné le goût de lire un autre DeLillo (on dit que The Body Artist est excellent).

Oh, by the way, Cosmopolis vient d’être adapté au cinéma par David Cronenberg. Le film sera présenté à Cannes. En voici la bande-annonce.

GROS COUP DE COEUR! Oui c’est cliché dit comme ça (surtout en majuscules) mais c’est représentatif du plaisir que j’ai eu à lire Document 1 de François Blais.

Anecdote amusante, en mars 2009 j’écrivais justement un billet sur ce blogue à propos de Iphigénie en haute-ville, du même François Blais, roman qui m’avait plu mais laissé sur ma faim. Je terminais mon article en écrivant :

J’ai bien hâte de lire d’autres romans du même auteur car je sens malgré tout qu’on a des affinités et qu’on finira par se rejoindre quelque part.

Eh bien c’était prémonitoire! Oui, nous nous sommes finalement rejoints avec ce Document 1, roman dont l’humour me rejoint 100 milles à l’heure et qui m’a souvent (beaucoup) fait rire, même à voix haute!

Ça raconte l’histoire de deux losers de Grand-Mère, qui ont une passion pour les villes américaines avec des noms bizarres trouvées sur Google. Lorsqu’un jour ils planifient un voyage vers l’une de ces villes, ils décident d’écrire un récit de voyage et de faire une demande de subvention pour financer leur expédition. Document 1 raconte comment ils s’y sont pris et pourquoi ils ont réussi à rater leur coup.

La narratrice n’a aucun filtre et nous explique en détails leur processus. Comme elle apprend en même temps les rudiments de l’écriture, elle nous fait part de ses lectures et des différents trucs narratifs qu’elle tente de mettre en pratique au fil des pages.

Certes il y a plusieurs références au monde littéraire, en fait quiconque est le moindrement informé sur le milieu de l’édition rira 2 fois plus, toutefois ça ne prend pas de connaissances particulières pour bien apprécier les petites pointes lancées au fil des pages. C’est léger, divertissant mais on rit intelligemment. Bref, j’ai adoré!

Rien qu’en lisant le titre j’aimais déjà ce livre. Après la dernière page je l’aimais davantage.

Quiet: The Power of Introverts in a World That Can’t Stop Talking devrait réconforter les introvertis de ce monde qui peinent à trouver leur place dans une société où seules les grandes gueules extravertis sont mis en valeur. Bien plus substantiel qu’un quelconque manifeste psycho-pop, Quiet se veut une étude sérieuse, basée sur des faits, qui vise en gros à rappeler qu’au moins 33% des occidentaux ne sont pas à l’aise dans le modèle social actuel.

L’auteure Susan Cain a notamment examiné de près le fonctionnement de plusieurs entreprises qui privilégient la réflexion de groupe (groupthinking et brainstorming) à la réflexion individuelle et qui, se faisant, se privent d’un potentiel intéressant. Elle défile pendant un chapitre entier les études introvertis vs extravertis qui indiquent en gros que le premier groupe est plus efficace en raison d’une plus grande capacité de concentration et de raisonnement. Bien sûr, on devine qu’un auteur faisant l’apologie des extravertis serait probablement capable de trouver des études prouvant le contraire mais bon…

Selon moi ce livre devrait être lu par tous les chefs d’entreprise qui ont tendance à prendre pour acquis que tous leurs employés sont semblables et par tous ceux qui pensent qu’une personne réservée est forcément asociable, inintéressante et même incompétente.

Bravo et merci à Susan Cain pour cette réflexion à contre-courant.