
Le Québec ne surfe toujours pas sur la vague du livre audio. J’avoue moi-même être plutôt ambivalent quant à l’intérêt de la chose. Alors que je n’ai eu aucun problème à numériser toute ma collection de disques et à me débarasser du plastique par la suite (ne gardant que les favoris sentimentaux), j’éprouve toujours autant de satisfaction à me procurer et manipuler le livre.
J’étais quand même curieux de tenter l’expérience audio. J’ai donc acheté via iTunes Born Standing Up : A Comic’s Life, qui relate la carrière de stand-up comic de l’acteur Steve Martin avant qu’il ne se consacre exclusivement au cinéma au début des années 80. Pourquoi ce « livre »? Deux raisons : je ne voulais pas une fiction (ayant l’impression que cela demanderait davantage de concentration), et la narration est assurée par Steve Martin lui-même (et auteur du livre), ce qui ajouterait selon moi à l’intérêt de l’écoute. J’avais donc mis toutes les chances de mon côté.
Le résultats ont été fort satisfaisants. Le livre demande une écoute totale d’un peu plus de quatre heures, ce qui pour moi a nécessité une bonne séance de pelletage et quelques aller-retours en autobus. Évidemment, on n’écoute pas un livre comme on écoute de la musique. Le livre demande une attention totale sinon on perd le fil rapidement. Heureusement, ce ne fut pas le cas avec cette histoire captivante de l’un des grands comiques américains du 20e siècle.
Le parcours de Martin est de ceux qui font d’excellentes musicographies à MusiMax: enfance so-so, père distant et colérique, débuts très modestes, ascension laborieuse, anecdotes savoureuses (pas d’ »enfer de la drogue » cependant), consécration. On écoute Martin parler de ses déboires devant des foules indifférentes et je pensais à quel point la plupart des humoristes au Québec sont choyés de bénéficier de la formation et du support de l’école de l’humour, qui les envoient sous les projecteurs des grandes scènes presque immédiatement après leur graduation. Martin, lui, à dû se taper les salles paroissiales, les concours amateurs, les mariages et le circuit des Comedy clubs à travers les USA pour bâtir son succès. Il raconte que dans un bar du midwest il a fait une routine de 30 minutes devant une salle complètement vide. Le patron lui disait de monter sur scène quand même pour que les passants puissent voir par la fenêtre qu’il y avait de l’action à l’intérieur! Il a aussi fait un numéro entier de stand-up (20 minutes) sans générer un seul rire. Silence total dans la salle. Faut être fait fort en crime.
Bref, on rit souvent en écoutant Born Standing Up mais ce n’est pas un livre d’humour. Il s’agit du récit fort sympathique d’un self-made comic qui a osé, persévéré et gagné malgré les embûches, raconté avec la finesse et l’intelligence qui ont fait la réputation de ce grand humoriste.
Salut burp,
Intéressante critique. Par contre, si je peux me permettre un bémol, j’aimerais rectifier tes dires sur l’école nationale de l’humour.
Je parle en connaissance de cause ici ayant étudié à ladite école. J’aimerais simplement clarifier que les humoristes Québécois ne baignent pas autant dans l’aisance comme tu semble le mentionner.
Beaucoup d’humoristes (de la relève) Québécois se tapent le parcours très « commun » tracé par Steve Martin. Quelques uns, effectivement, l’auront plus facile étant pris sous l’aile de Mme Richer.
Malgré tout, ton article me donne le goût d’écouter ce livre audio, merci de la suggestion! :)
Merci pour la rectification Vincent. Je me suis donc trompé en mentionnant « la plupart des humoristes ». Je me demande seulement où ces humoristes en devenir se produisent car on n’a pas un circuit de comedy clubs comme aux USA ici. Ce doit être vraiment difficile de se frayer un chemin jusqu’aux grandes scènes.
Il y a ce qu’on appelle la « Run de lait » que les humoristes de la relève (et quelques « Star »)font dans quelques bars sélect du Québec.
Le circuit est effectivement petit mais en expension. À Montréal, plusieurs petites soirées « non-lucratives » voient le jour et disparaissent à chaque saison. Je sais aussi que Mario Grenier à Québec avait (ou a encore) une soirée à l’Ozone il me semble.
Bref, c’est très rarement médiatisé malheureusement par manque de fond. Mais avec Internet (notamment Facebook), ça devient de plus en plus facile faire de la promo sans mettre son argent à la poubelle.