Mes réflexions sur « l’affaire » Cantat après l’avoir retourné dans tous les sens :
Tout d’abord, maudit que le sang nous monte à la tête rapidement. En à peine, quoi, 3 jours? On est passé d’une nouvelle d’arts & spectacles à une affaire d’état. Aujourd’hui, ceux qui osent défendre le choix de Mouawad s’exposent à des accusations de pro-batteurs de femmes. T’es pour ou contre, t’as pas le droit de nuancer. Grr!
Ceci dit…
Pour ma part, la nouvelle du meurtre de Marie Trintignant en 2003 m’a secoué. Outre le drame, je devais soudainement apprendre à détester Cantat – un artiste que j’ai toujours adoré – et je n’ai jamais pu écouter une pièce de Noir Désir depuis. À ma grande tristesse. Même si je voulais renouer avec un de leurs grands albums, je serais incapable d’en apprécier une seule seconde. Le malaise est too much.
Et c’est ce même malaise qui m’habite à l’idée de payer un billet pour voir le spectacle proposé par Wajdi Mouawad. Je peux bien accepter le fait que le gars a été jugé, emprisonné et libéré au bout de sa peine et a par conséquent le droit de refaire sa vie. Mais en ce qui me concerne le fait qu’il décide de remonter sur une scène relève de l’affront et trahit un sérieux manque de jugement. J’espère qu’il ne s’attendait pas à ce que tout le monde se rue vers la billetterie et l’acclame au tomber du rideau! À mon avis c’est impossible que Mouawad n’ait pas prévu le coup.
Comme l’a dit sur Twitter mon humoriste préféré Martin Petit, « Moi si je tuais ma blonde dans un moment de folie je vous épargnerais ma gueule en spectacle ». En plein ça.
Bertrand, refais ta vie, c’est ton droit. Compose des tounes, fait des backing vocals ou joue de la guitte anonymement sur un album d’un des potes qu’il te reste, mais ne me propose pas un nouvel album en ton nom et ne te montre pas en spectacle devant moi. Je ne t’applaudis plus. C’est un des prix poches à payer pour l’horrible crime que t’as commis.
tu me rejoins parfaitement !
Je dois avouer que j’attendais ton avis sur cette histoire.
Tu as mis le doigt sur un aspect qui me dérange: la nuance ne fait pas partie de ce débat.
J’ai été la première à renier Cantat. Ce qu’il a fait est horrible. J’ai dû lire tous les articles sur cette affaire, j’en ai fait une quasi-obsession tant j’étais dégoutée.
Jusqu’à tout récemment, je n’en avais rien à foutre de Cantat, je l’avais oublié, pensant même qu’il était encore en prison.
Quand j’ai lu que Mouawad l’avait choisi pour un projet, j’ai totalement rejeté l’idée. What the fuck?, ais-je pensé.
Cependant, si l’on accepte de vivre dans une société de droit qui statue que la punition d’un crime, c’est une peine de prison et non la peine de mort, il faut aussi accepter que ceux qui purge leur peine ait le droit de continuer à vivre après. Accepter que les criminels peuvent vouloir accéder à la rédemption, au pardon, qui, en principe devraient être accessibles, est une « responsabilité » qui vient avec notre choix de base de laisser vivre ceux qui ont commis un crime. Et ça, c’est difficile en tab…
Je pense que ce que Mouawad avait prévu, c’est de nous faire réfléchir sur nos choix de société. Et dans mon cas, il a réussi. Ça faisait longtemps que je n’avais pas réfléchi autant sur des valeurs que je croyais inébranlables. Oui, c’est un affront, oui c’est de la provocation, mais je ne peux m’empêcher de penser que c’est aussi une occasion de se pencher sur les conséquences que notre système entraîne.
Le choix auquel nous faisons face présentement devrait se résumer à acheter un billet ou non. Cantat, selon les principes établis, a tout à fait le droit de refaire ce qu’il faisait avant son crime. C’est maintenant à chacun de nous de faire le choix d’embarquer ou pas.
Désolée de lancer mes réflexions en vrac comme ça… Encore une fois Cantat est le principal acteur d’une histoire qui me bouleverse.
[...] Noir épisode | de Burp [...]
Merci François et Manon pour vos commentaires. Manon, tu fais beaucoup de sens et je suis d’accord avec toi que le choix de Mouawad va au-delà de simples considérations artistiques. Bref, ce sera le sujet de prédilection de notre prochain souper! ;)
Je suis bien d’accord avec le point de vue de Manon.
Je ne crois pas non plus que j’irai voir cette pièce. Probablement pas. Ce sera ma façon d’exprimer mon point de vue sur le sujet.
Mais je me demande si la façon dont Wajdi Mouawad traitera le sujet n’apportera pas un éclairage différent sur son choix… On condamne avant d’avoir vu. Et s’il nous surprenait?
En plus, ça ne sera pas la première fois que Mouawad utilise le son de Cantat ou Noir Désir: il l’a fait dans Ciels, et plus récemment dans Temps. On a aussi eu droit à la pièce Le Temps des cerises interprétée par Noir Désir dans Kliniken, toujours au Trident, plus tôt cette année. Par leur histoire, la voix et les mots de Cantat amènent une signification toute particulière à chaque scène.
Il y a par contre évidemment une marge entre utiliser sa voix, et le placer sur scène.
Bref, Cantat a purgé sa peine officielle, mais elle se prolongera tout de même pour le reste de sa vie, sans que cela n’excuse quoi que ce soit.
Ma première réflexion abondait dans le sens de Burp. Puis, aux fil des heures et des échanges, celle-ci s’est transformée et s’inscrit désormais davantage dans celle proposée par Manon lorsqu’elle dit que Mouawad avait probablement prévu de nous faire réfléchir sur nos choix de société.
Bref, en complément à cette réflexion, j’ai bien aimé lire François Dupuis-Déri dans Le Devoir.
Question d’alimenter cette réflexion … plus en profondeur.
http://www.ledevoir.com/culture/actualites-culturelles/320440/le-retour-de-bertrand-et-d-antigone
Tout à fait d’accord.
Sylvie et Geneviève : intéressant de vous lire. Si jamais le choix de Mouawad est entièrement réfléchi, j’imagine que Cantat en est le complice. L’exercice ne se fera certainement pas à son insu, d’autant plus que le metteur en scène et le chanteur sont devenus de bons amis. Si c’est le cas, ce sera tout à l’honneur de Cantat qui aura accepté de se mettre en pâture pour la cause. Ce dont je doute pour l’instant…
[...] Ho et puis ici dans la ville du vent, un écho cousin et solidaire de chez Burp [...]
Voilà une opinion toute humaine, et toute sensée. C’est tellement rare.
Bravo, et merci.