Arvida de Samuel Archibald. Je me rappellerai de cette lecture parce que 1) ce recueil de nouvelles est excellent, 2) il s’agit de mon premier emprunt numérique sur le site du Réseau des bibliothèques de la ville de Québec.

Tout d’abord le livre. Arvida, dont le titre s’inspire de la ville du même nom au Saguenay, est un ouvrage parfait pour mettre en valeur le talent d’auteur de Samuel Archibald. Autant il réussit à merveille à évoquer les odeurs et les couleurs de la forêt lors de scènes qui se déroulent en plein bois, autant il frappe dans le mille en décrivant de façon détaillée et presque sadique, des épisodes de mutilations trop graphiques dans un lointain Japon.

Arvida est au centre de la plupart des récits, tout comme le malaise, le mystère, les souvenirs, même les fantômes. En moins de 200 pages, l’auteur nous bardasse de tous bords tous côtés, jouant avec nos émotions avec doigté. C’est du solide, on a déjà hâte d’en lire plus.

Quant au service de location de livres numériques des bibliothèques de Québec, ma première expérience (quoique comportant un peu trop d’étapes avant de réussir à obtenir le bouquin désiré) promet beaucoup. Un catalogue de plus de 1000 titres est disponible pour le moment, à raison de quelques exemplaires par livre pour certains volumes. Beaucoup (trop?) de livres jeunesses et ouvrages de références et un bon nombre de romans québécois, des nouveautés comme des titres « semi-récents ».

Même s’il s’agit de prêts numériques on doit procéder comme avec un livre physique, c’est-à-dire qu’un même livre ne peut être prêté à plus d’une personne à la fois. On veut respecter la « chaîne du livre » (je peux comprendre ça) donc le même exemplaire est prêté à une seule personne pour une période de 3 semaines, ensuite « pouf » il disparaît de votre lecteur.

Ils semblent déjà victimes de leur popularité, plusieurs livres sont déjà empruntés par les abonnés branchés, donc non disponibles pour d’autres locations. Je persisterai malgré tout, c’est un service qui devient essentiel et dont on ne saura bientôt se passer.

 

Nicholas Carr est un intellectuel. Il a été éditeur exécutif du Harvard Business Review et conseiller pour Encyclopedia Britannica. Il possède une Maîtrise en American Literature and Language de Harvard. On l’imagine facilement la tête plongée dans 2 ou 3 livres à la fois pendant des heures ou en train de rédiger plusieurs pages d’un futur essai.

Ben non. Pas depuis une dizaine d’années en tout cas. Nicholas Carr a en effet remarqué d’importants changements dans ses habitudes de consommation d’information : alors qu’il adorait auparavant « se perdre »  dans de longs articles de magazines ou des livres de plus de 1000 pages, il commence à penser à sa liste d’épicerie ou à son horaire de la soirée après quelques paragraphes à peine d’un article ou quelques pages d’un livre. Sa capacité d’absorption et de mémorisation en ont pris un solide coup. Comme il le dit si bien :

Once I was a scuba diver in the sea of words. Now I zip along the surface like a guy on a Jet Ski.

L’auteur s’est sérieusement penché sur le « cas » Internet, au point de carrément poser en 2008 la question « Is Google Making Us Stupid? » dans The Atlantic, question qui a provoqué un mini raz-de-marée dans les forums, virtuels et réels. Sa théorie : les mécanismes du cerveau humain se renouvèlent sans cesse pour s’adapter aux médiums d’information du moment. Par conséquent, la facilité et la rapidité d’accès à l’information que procure Internet nous transforme graduellement en des êtres intellectuellement paresseux qui s’intéressent davantage au volume qu’à la substance. J’arrondis beaucoup les coins mais bon, vous avez l’essentiel.

Cet article est en fait la prémisse de The Shallows : What the Internet is Doing to Our Brains. Carr développe sa théorie en démontrant tout d’abord les changements de mentalité qu’ont entraîné à travers l’histoire l’adoption de différents modes de transmission de l’information : l’alphabet, les cartes géographiques, l’imprimerie, l’ordinateur, etc. Ensuite, il applique l’approche neuroscientifique pour expliquer les impacts d’Internet sur notre cerveau. L’auteur appuie tellement bien ses hypothèses qu’il est difficile de ne pas y adhérer.

Le livre a été en nomination pour le Pulitzer l’an dernier. Les honneurs sont mérités. L’étude est hyper intéressante et, que l’on soit d’accord ou non avec l’argumentaire, on ne peut douter du sérieux de l’approche. Un des très bons livres que j’ai lus cette année.

The Mars Volta
Noctourniquet
On sentait déjà avec l’album précédent, Octahedron, que les Mars Volta avaient passé le trip des longs jams échevelés de 15 minutes pour ramasser un peu plus leurs chansons. Ça se confirme avec Noctourniquet, dont la plus longue pièce fait à peine (sic) plus de 7 minutes. Ça ne veut pas dire que le quintet texan se soit assagi. The Mars Volta fait toujours bande à part dans sa catégorie Rock cosmico-déjanté. Omar Rodriguez-Lopez, guitariste extraordinaire et principal maître-d’oeuvre de la musique, est un génie ignoré. Encore un maudit bon album de The Mars Volta.

D’autres sorties d’intérêt des deux dernières semaines :

Demdike Stare
Elemental
Elemental est la somme de quatre vinyles sortis séparément au cours des mois de décembre et janvier derniers. La musique de ce duo anglais est assez difficile à décrire. Disons qu’il s’agit d’une forme d’ambiant exploratoire généralement minimaliste mais qui chire vers l’abstraction par moments. Ça peut être austère au début mais quand on s’y plonge c’est plutôt fascinant. Si vous aimez, Tryptych (2010) est aussi fort intéressant.
Lee Ranaldo
Between the Times & the Tides
Quand j’entends parler de Sonic Youth, 9 fois sur 10 c’est à propos de Thurston Moore ou Kim Gordon. On oublie trop souvent Lee Ranaldo, co-fondateur du célèbre groupe newyorkais et artiste solo fort intéressant lui aussi. Cet album, de facture folk-rock, se situe quelque part entre Sonic Youth, Thurston Moore solo et R.E.M. (surtout grâce à sa voix presque identique à celle de Michael Stipe). Simple et fort agréable.
Half Moon Run
Dark Eyes
Premier album d’un trio montréalais qui commence à faire pas mal jaser de lui. Avec un son pareil, espèce d’amalgame de Radiohead, Fleet Foxes et Other Lives, on devine rapidement pourquoi. Après avoir écouté l’album une première fois, j’avoue que le buzz est pas mal justifié. Sans être d’une originalité à crever les tympans, Half Moon Run fait de la très bonne musique. Le groupe est au Cercle, à Québec, le 5 avril prochain.
Meshuggah
Koloss
Quand j’entends du Meshuggah, j’imagine une pluie d’enclumes en fusion sur un 18 roues en béton armé fonçant sur un tank nucléaire. Meshuggah combine à la perfection deux ingrédients que l’on retrouve trop peu souvent chez les bands du genre : brutalité et sophistication. Là-dessus, Koloss me satisfait au moins autant qu’obZen, sorti il y a déjà 4 ans. Étonnant!
Dumas
L’heure et l’endroit
On aime tous Dumas mais moi il m’a déçu avec L’heure et l’endroit. On n’y retrouve pas la magie des mélodies de Traces et, je sais que ça ne devrait pas être un critère, mais seulement 35 minutes de musique?? Pour un musicien généralement aussi prolifique, ça tient presque de l’EP. Je n’abandonne pas Dumas en raison de ses réalisations antérieures mais je vais probablement passer outre celui-ci.
Madonna
MDNA
Madonna s’est encore une fois payée une « trâlée » de méga-producteurs, djs et arrangeurs pour son nouvel album, le premier depuis Hard Candy il y a 4 ans. À entendre les extraits sur iTunes, ce devrait être un beau plancher de danse de 80 000 personnes en septembre prochain sur les Plaines.
The Shins
Port of Morrow
Entre Wincing the Night Away (2007) et Port of Morrow, le leader des Shins James Mercer a collaboré avec Danger Mouse sur l’intéressant projet Broken Bells (vous vous souvenez sûrement de l’irrésistible « The High Road »). Cette pause lui a donné du tonus car Port of Morrow déborde d’une belle énergie indie-pop. Un beau bonbon pas trop sucré.
Lisa Leblanc
Lisa Leblanc
L’artiste se décrit de la façon suivante sur son site web : « Moi, Lisa LeBlanc, je joue du folk trash. Je suis une Acadienne qui roule ses « r », qui aime se moquer d’elle-même, qui écrit des textes sans trop de froufrous et qui est tannée de chanter des chansons de fi-filles! ». Vu le buzz actuel, j’ai l’impression qu’on n’a pas fini d’entendre parler de cette fille du Nouveau-Brunswick.

Bon, c’est sans trop de dommages que je termine l’exercice gauche/droite entamé ces dernières semaines. Après Comment mettre la droite K.O. en 15 arguments, c’était le tour de son contre-poids, L’État contre les jeunes, comment les baby-boomers ont détourné le système, signé Eric Duhaime.

Un peu sur le même principe que Jean-François Lisée, Eric Duhaime synthétise ses différents thèmes dans une plaquette (162 pages) qui se lit comme un grand article de magazine. Ses propos sont clairs et bien vulgarisés, même si ça frôle parfois la démagogie. C’est d’ailleurs ce qui m’irrite le plus dans ces débats gauche/droite. Lorsqu’on éprouve de la sympathie pour une idée de l’un des deux camps, on a parfois l’impression d’être manipulé, qu’il nous manque des infos pour avoir le portrait exact d’une situation. Sans surprise, comme le fait aussi Jean-François Lisée dans son livre en démonisant la droite, on nous bombarde de : « Ça n’a pas d’allure à quel point les baby-boomers ont abusé du système! » Une fois qu’on passe par-dessus ça, on réussit à apprécier la lecture de cet essai.

Des régimes de retraite jusqu’au syndicalisme, en passant par la santé et l’éducation, on expose pourquoi certaines initiatives d’hier ne sont plus adéquates aujourd’hui. Par exemple, peu importe son allégence politique, personne ne peut nier que le financement du Régime des rentes du Québec se dirige vers un gouffre important. Même moi qui est pourrie en math, je peux facilement comprendre que de passer d’un ratio de 7 travailleurs pour un retraité en 1986, à 3 travailleurs pour 1 retraité aujourd’hui, ça te débalance un système… Voilà un bon exemple de cas pour lequel on expose des faits d’une façon pas trop « partisane », et pour lequel on arrive avec des solutions intéressantes en proposant les modèles chilien ou suédois. Je suis toutefois moins à l’aise avec le point de vue de l’auteur sur l’immigration qui cible les comportements de certaines ethnies, et nous expose des statistiques qui bénéficieraient d’une meilleure mise en contexte.

Lire l’un après l’autre des livres qui font la promotion d’idéologies contraires, confirme que je suis une personne aux opinions modérées, décidément plus confortable au centre de ces propositions politiques. Je me reconnais parfois chez l’un comme chez l’autre. J’ose encore espérer qu’un jour, un parti fera la promotion du simple gros bon sens.

(Nous voilà à mi-chemin de ce petit challenge auto-imposé. Jusqu’ici, tout va rondement, mis à part quelques blitz de lecture de dernière minute et des petits retards de 2 ou 3 jours dans la publication. 50 to go!)

Henning Mankell est un des maîtres du polar moderne et probablement le porte flambeau de la vague de spécialistes scandinaves du thriller qui déferle sur l’Amérique du Nord depuis une bonne dizaine d’années. Avant Le Chinois je n’avais lu de Mankell que Les morts de la St-Jean, qui m’avait plutôt laissé de glace. Malheureusement, ça ne s’améliore pas avec celui-ci.

Ça commence pourtant sur les chapeaux de roue : 19 habitants du minuscule village d’Hesjövallen sont découverts morts dans leurs maisons, le corps mutilé. L’enquête conclut qu’il s’agit de l’oeuvre d’un illuminé qui se rend à la police et se suicide dans sa cellule. Cas clôt? Pas selon la juge Birgitta Roslin, qui avait des liens de parenté avec certaines des victimes. Elle entreprend sa propre enquête qui la mènera jusqu’en Chine et qui mettra sa vie en danger.

Le Chinois est un roman aussi complexe qu’ambitieux. D’un polar plutôt conventionnel, l’histoire évolue vers le roman historique puis vers le thriller géopolitique pour ne revenir qu’à la toute fin à l’intrigue initiale. Dison que le degré d’alourdissement du récit augmente dans la même proportion. Un moment donné, on a l’impression que l’histoire n’est qu’un prétexte de Mankell pour nous faire passer ses opinions sur la Chine moderne. Idée louable, mais le rendu aurait pu être plus subtil.

J’ai aussi eu l’impression que Le Chinois fusionne deux romans en un seul sans que, justement, cette fusion ne se concrétise pleinement. On en ressort déçu que l’auteur n’ait pu aboutir d’une oeuvre à la hauteur de ses ambitions.