Billets avec le mot-clé : 100/100

Charlotte before Christ est le premier roman d’Alexandre Soublière et, comme le titre ne le dit pas, c’est québécois et c’est écrit en français. Enfin, presque.

Sacha est un universitaire, fils de riche et face à claques. Charlotte étudie en danse et, malgré son jeune âge, cette fille sublime est déjà poquée par la vie. Les deux sont intensément amoureux. L’histoire raconte cet amour vécu à l’ère des textos, des webcams et du parler bilingue.

Oui, le roman est en français. Toutefois, surtout dans le cas des dialogues, l’auteur opte parfois (trop souvent?) pour l’anglais. Cette forme d’écriture qui avait d’abord tendance à me tomber royalement sur les nerfs, a réussi à me rejoindre. Ce qui me semblait prétentieux en début de roman, s’est finalement imposé comme un choix audacieux certes, mais efficace.

L’histoire se déroule sur quelques semaines/mois et nous permet d’être témoin de l’intensité de leur relation et par la même occasion de grossir à la puissance 10 l’ego démesuré et le je-m’en-foutisme de cette génération. C’est choquant, osé, trash et désolant tout à la fois.

Ce n’est pas toujours une lecture agréable, mais je ne crois pas que c’est ce que recherchait Alexandre Soublière. Son livre interpelle et dérange, c’est déjà beaucoup.

 

Je m’étais promis de lire un roman de Don DeLillo pendant ce marathon du 100 en 100. Plusieurs critiques le considèrent comme l’un des grands écrivains américains des 25 dernières années. Après avoir lu Cosmopolis, je ne sais pas encore quoi penser de l’auteur.

L’histoire raconte une journée dans la vie d’Eric Packer, un milliardaire de 28 ans de New York qui embarque dans sa limousine pour aller se faire couper les cheveux. Sa route sera ponctuée de plusieurs rencontres et événements qui lui feront réfléchir sur sa vie et la société en général.

Cosmopolis est un livre fort bien écrit mais dont la narration glaciale nous empêche de s’identifier aux personnages. Le roman nous met au défi de rester confortablement assis dans la limousine à écouter philosopher Packer et ses sous-fifres sans se dire « assez! Bye » et quitter. Le dernier livre qui m’a fait ressentir un détachement semblable fut American Psycho de Bret Easton Ellis. Dans ces cas-là, je suis toujours déchiré entre l’admiration et le sentiment de tomber dans un piège à cons.

J’ai choisi d’aimer Cosmopolis pour la qualité du texte et, comme le roman n’est pas très long, je n’ai pas eu vraiment le temps de m’emmerder. En tout cas, il m’a donné le goût de lire un autre DeLillo (on dit que The Body Artist est excellent).

Oh, by the way, Cosmopolis vient d’être adapté au cinéma par David Cronenberg. Le film sera présenté à Cannes. En voici la bande-annonce.

GROS COUP DE COEUR! Oui c’est cliché dit comme ça (surtout en majuscules) mais c’est représentatif du plaisir que j’ai eu à lire Document 1 de François Blais.

Anecdote amusante, en mars 2009 j’écrivais justement un billet sur ce blogue à propos de Iphigénie en haute-ville, du même François Blais, roman qui m’avait plu mais laissé sur ma faim. Je terminais mon article en écrivant :

J’ai bien hâte de lire d’autres romans du même auteur car je sens malgré tout qu’on a des affinités et qu’on finira par se rejoindre quelque part.

Eh bien c’était prémonitoire! Oui, nous nous sommes finalement rejoints avec ce Document 1, roman dont l’humour me rejoint 100 milles à l’heure et qui m’a souvent (beaucoup) fait rire, même à voix haute!

Ça raconte l’histoire de deux losers de Grand-Mère, qui ont une passion pour les villes américaines avec des noms bizarres trouvées sur Google. Lorsqu’un jour ils planifient un voyage vers l’une de ces villes, ils décident d’écrire un récit de voyage et de faire une demande de subvention pour financer leur expédition. Document 1 raconte comment ils s’y sont pris et pourquoi ils ont réussi à rater leur coup.

La narratrice n’a aucun filtre et nous explique en détails leur processus. Comme elle apprend en même temps les rudiments de l’écriture, elle nous fait part de ses lectures et des différents trucs narratifs qu’elle tente de mettre en pratique au fil des pages.

Certes il y a plusieurs références au monde littéraire, en fait quiconque est le moindrement informé sur le milieu de l’édition rira 2 fois plus, toutefois ça ne prend pas de connaissances particulières pour bien apprécier les petites pointes lancées au fil des pages. C’est léger, divertissant mais on rit intelligemment. Bref, j’ai adoré!

Arvida de Samuel Archibald. Je me rappellerai de cette lecture parce que 1) ce recueil de nouvelles est excellent, 2) il s’agit de mon premier emprunt numérique sur le site du Réseau des bibliothèques de la ville de Québec.

Tout d’abord le livre. Arvida, dont le titre s’inspire de la ville du même nom au Saguenay, est un ouvrage parfait pour mettre en valeur le talent d’auteur de Samuel Archibald. Autant il réussit à merveille à évoquer les odeurs et les couleurs de la forêt lors de scènes qui se déroulent en plein bois, autant il frappe dans le mille en décrivant de façon détaillée et presque sadique, des épisodes de mutilations trop graphiques dans un lointain Japon.

Arvida est au centre de la plupart des récits, tout comme le malaise, le mystère, les souvenirs, même les fantômes. En moins de 200 pages, l’auteur nous bardasse de tous bords tous côtés, jouant avec nos émotions avec doigté. C’est du solide, on a déjà hâte d’en lire plus.

Quant au service de location de livres numériques des bibliothèques de Québec, ma première expérience (quoique comportant un peu trop d’étapes avant de réussir à obtenir le bouquin désiré) promet beaucoup. Un catalogue de plus de 1000 titres est disponible pour le moment, à raison de quelques exemplaires par livre pour certains volumes. Beaucoup (trop?) de livres jeunesses et ouvrages de références et un bon nombre de romans québécois, des nouveautés comme des titres « semi-récents ».

Même s’il s’agit de prêts numériques on doit procéder comme avec un livre physique, c’est-à-dire qu’un même livre ne peut être prêté à plus d’une personne à la fois. On veut respecter la « chaîne du livre » (je peux comprendre ça) donc le même exemplaire est prêté à une seule personne pour une période de 3 semaines, ensuite « pouf » il disparaît de votre lecteur.

Ils semblent déjà victimes de leur popularité, plusieurs livres sont déjà empruntés par les abonnés branchés, donc non disponibles pour d’autres locations. Je persisterai malgré tout, c’est un service qui devient essentiel et dont on ne saura bientôt se passer.

 

Nicholas Carr est un intellectuel. Il a été éditeur exécutif du Harvard Business Review et conseiller pour Encyclopedia Britannica. Il possède une Maîtrise en American Literature and Language de Harvard. On l’imagine facilement la tête plongée dans 2 ou 3 livres à la fois pendant des heures ou en train de rédiger plusieurs pages d’un futur essai.

Ben non. Pas depuis une dizaine d’années en tout cas. Nicholas Carr a en effet remarqué d’importants changements dans ses habitudes de consommation d’information : alors qu’il adorait auparavant « se perdre »  dans de longs articles de magazines ou des livres de plus de 1000 pages, il commence à penser à sa liste d’épicerie ou à son horaire de la soirée après quelques paragraphes à peine d’un article ou quelques pages d’un livre. Sa capacité d’absorption et de mémorisation en ont pris un solide coup. Comme il le dit si bien :

Once I was a scuba diver in the sea of words. Now I zip along the surface like a guy on a Jet Ski.

L’auteur s’est sérieusement penché sur le « cas » Internet, au point de carrément poser en 2008 la question « Is Google Making Us Stupid? » dans The Atlantic, question qui a provoqué un mini raz-de-marée dans les forums, virtuels et réels. Sa théorie : les mécanismes du cerveau humain se renouvèlent sans cesse pour s’adapter aux médiums d’information du moment. Par conséquent, la facilité et la rapidité d’accès à l’information que procure Internet nous transforme graduellement en des êtres intellectuellement paresseux qui s’intéressent davantage au volume qu’à la substance. J’arrondis beaucoup les coins mais bon, vous avez l’essentiel.

Cet article est en fait la prémisse de The Shallows : What the Internet is Doing to Our Brains. Carr développe sa théorie en démontrant tout d’abord les changements de mentalité qu’ont entraîné à travers l’histoire l’adoption de différents modes de transmission de l’information : l’alphabet, les cartes géographiques, l’imprimerie, l’ordinateur, etc. Ensuite, il applique l’approche neuroscientifique pour expliquer les impacts d’Internet sur notre cerveau. L’auteur appuie tellement bien ses hypothèses qu’il est difficile de ne pas y adhérer.

Le livre a été en nomination pour le Pulitzer l’an dernier. Les honneurs sont mérités. L’étude est hyper intéressante et, que l’on soit d’accord ou non avec l’argumentaire, on ne peut douter du sérieux de l’approche. Un des très bons livres que j’ai lus cette année.