Billets avec le mot-clé : 100/100

Je m’assume. Le livre dont je parle cette semaine relève de ma fibre fromagée. En fait, si j’ai été interpellé par les mémoires de Rob Lowe, c’est uniquement parce qu’il a fait partie de la distribution de la plus grande sérier télé américaine de l’histoire, The West Wing (ça y est il en remet!).

Stories I Only Tell My Friends est une autobiographie on ne peut plus classique d’un gars que la nature a doté d’un visage exceptionnel et d’un talent d’acteur respectable. Malgré ce que l’on pourrait croire, Lowe n’a pas été forcé vers ce milieu en raison de son look. C’est plutôt grâce à sa passion de toujours pour le métier d’acteur qu’il a pu décrocher ses premiers rôles et s’accrocher à Hollywood par la suite.

À mon grand dam Lowe ne parlera de l’aventure West Wing qu’à la toute fin du livre et n’y consacrera que quelques pages. J’avais lu ici et là des histoires sur ses démêlées salariales avec les producteurs de la série mais je ne savais pas que cela avait causé une forte dissension sur le plateau également. Lowe ne s’étend pas là-dessus, mais mentionne à regret que les quatre acteurs « non-vedettes » de la série s’étaient en quelque sorte ligués contre lui et Martin Sheen pour obtenir un meilleur salaire et cela avait joué un rôle dans son départ prématuré lors de la 4e saison. Une des clés du succès de The West Wing résidait dans la chimie (apparente) entre les acteurs mais Lowe a choisi de ne pas parler d’aucun membre du casting, à part Martin Sheen qu’il connaît depuis ses premiers pas à Hollywood. Très dommage.

Par contre j’ai bien aimé le chapitre où Lowe raconte son aventure pour l’obtention de son premier grand rôle, dans The Outsiders de Francis Coppola. Cet épisode fut en quelque sorte la genèse du « brat pack », terme qui a collé à Lowe et à quelques jeunes vedettes des années 80 comme une sangsue et qui lui a causé beaucoup plus de torts que d’avantages. On s’en doute, Lowe a sombré dans l’enfer de l’alcool et de la déchéance pendant près d’une dizaine d’années. On doute aussi qu’il a dû multiplier les conquêtes pendant cette période mais l’acteur s’est gardé une p’tite gêne dans son livre. Humilité ou embarras? Un peu des deux, j’imagine.

Quand même, Stories I Only Tell My friends est fort divertissant. Ça se lit comme on feuillette un Paris Match sur le bord de la plage et ça s’oublie aussi assez rapidement. Disons que ce fut mon trou Normand de ce 100 livres en 100 semaines.

Comme #45 un polar tout indiqué pour la saison: La Princesse des glaces de Camilla Lackberg. Une autre auteure, parmi les nombreux qui arrivent de contrées nordiques, a avoir atterri chez nos libraires ces dernières années. À croire que l’on préfère nos meurtres bien froids, et des personnages avec des O-transpercés-par-une-barre dans leur nom de famille.

Avec La Princesse des glaces, on est loin de Mankell ou de Larsson. Le ton y est en partie, mais l’intrigue n’a pas réussi à me happer autant que ce que j’aurais espéré. En fait ce n’est pas tant l’intrigue elle-même, que ceux qui gravitent autour. Les personnages, principaux comme secondaires, m’ont souvent fait décrocher du récit. Peut-être pour amener un peu de légèreté entre les meurtres et autres délits graves, Lackberg place ses protagonistes dans des situations qui se veulent parfois cocasses mais qui moi m’ont agacées. On passe allègrement du sérieux de l’enquête, à un insistant ton fleur bleue pour décrire les premiers balbutiements d’une histoire d’amour qu’on croirait tiré d’un autre roman tellement ça détonne. Pourtant, il me semble qu’on aurait pu éviter sans peine ces moments mielleux, tout en conservant ces mêmes intrigues amoureuses.

Cela étant dit, La Princesse des glaces demeure un très bon divertissement malgré tout. Des scènes de meurtres qu’on veut camoufler en suicides, des personnages pas très nets qu’on ne peut, au premier abord, cataloguer de « bons » ou de « méchants », de vieux ragots de village qui finissent par remonter à la surface, bref, on ne s’ennuie pas. Oui on tourne quelques coins un peu rond, mais ça importe peu. L’auteure met la table pour la (les!) suite(s) qui ramène(nt) les mêmes personnages et on se doute qu’on en saura plus à ce moment-là. Je succomberai peut-être… on verra bien.

2044. Dans un monde en déroute, les habitants préfèrent se vautrer dans OASIS, un immense environnement virtuel de simulation où il est possible de jouer mais aussi d’apprendre et évoluer. L’histoire débute par l’annonce de la mort subite de James Halliday, le créateur d’OASIS. Il laisse pour testament une séquence vidéo sur laquelle il annonce qu’il a caché un easter egg quelque part dans OASIS et que quiconque le découvrira héritera de sa fortune personnelle évaluée à plusieurs milliards de dollars.

Pour Wade Watts, un adolescent d’Oklahoma City, c’est l’occasion rêvée de mettre à profit son obsession pour Halliday dont il connaît la vie par coeur. Les indices laissés par Halliday sont liés à son enfance passée dans les années 80.

Comme l’a si bien dit Marc Labrèche, s’ensuit une course folle.

Ready Player One est un joyeux festival de geek porn. Vous adorerez votre lecture si les situations suivantes vous interpellent :

  • vous avez autour de 40 ans;
  • vous vous attardez devant la télé lorsqu’une reprise de Coeur circuit passe un dimanche matin;
  • vous n’avez nullement envie de vous enfuir en courant aux premières notes de la suite «2112» de Rush;
  • vous avez dépensé la moitié de votre fortune sur Pac-Man, Joust, Defender et Galaga à l’arcade dans les années 80;
  • vos yeux deviennent tout humides lorsque vous pensez à votre déguisement de wizard que votre mère vous avait affectueusement confectionné pour vos soirées de Donjons et Dragons.

Ernest Cline se reconnaît dans ces situations et s’assume totalement. Il a d’ailleurs exprimé sa fascination pour la pop-culture des années 80 et la culture geek dans le scénario du film Fanboys, sorti il y a deux ans. Ready Player One est le premier roman de ce drôle d’oiseau, ex-champion de slam et de spoken word.

Cline prend très peu de temps pour expliquer les nombreuses références qui sucrent le roman. Quand on les connaît, c’est du pur bonbon. Dans le cas contraire, Ready Player One peut devenir pénible à suivre. Aussi, comme le roman se déroule dans un univers de jeu multijoueur, il y en aura qui trouveront le propos un peu puéril.

Moi, j’ai beaucoup aimé. J’ai lu ce roman comme on écoute un bon film d’action hollywoodien avec ses bons et ses méchants, son histoire d’amour, son suspense et son dénouement heureux. Le ton est sympathique et l’histoire bien ficelée. Et l’ensemble est empreint d’une nostalgie irrésistible.

Ready Player One, le film, est (surprise!) en préparation il paraît. Ça ne m’étonnerait pas qu’on en fasse un techno-thriller pour jeunes ados à la Spy Kids.

Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii! Quelle négligence! La publication de ce #43 flirte dangereusement avec celle du numéro #44, pourtant le livre de cette semaine mérite beaucoup plus de considération.

Chroniques de Jérusalem est mon 4e rendez-vous avec Guy Delisle. Le bédéiste nous raconte cette fois-ci son séjour familial d’un an dans un pays qui n’en finit plus de se déchirer, mais dans lequel il doit quand même jongler avec les aléas de la vie quotidienne comme reconduire les enfants à l’école, les amener au parc ou faire les courses. 334 pages (pour une BD, oui, oui!) d’immersion dans un univers politique complexe.

J’en ai déjà parlé sur ce blogue, le travail de Guy Delisle est fascinant. J’ai eu le bonheur d’assister à une conférence qu’il a présenté en 2010 (j’avais d’ailleurs publié ce billet : Une rencontre avec Guy Delisle) et c’était un privilège de l’entendre parler de son travail.

Dans un format somme toute ludique, il réussit à démystifier certaines réalités internationales. Tout en demeurant loin du cours de géo ou d’histoire, ses chroniques et ses dessins clarifient des concepts pas toujours évidents à saisir, dont on entend surtout parler sous la forme de topos de quelques minutes dans les bulletins de nouvelles.

Soyons chauvins, l’oeuvre de ce québécois est aussi reconnu ailleurs dans le monde. En plus d’être traduit dans plusieurs langues, il vient tout juste de remporter Le Fauve d’or – Prix du meilleur album 2012 au Festival International de la bande dessinée d’Angoulême et un documentaire lui a été consacré.

Pour avoir un aperçu de son travail et vous donner le goût de vous de vous garocher dans une librairie près de chez-vous, jetez un oeil sur son blogue et visionnez la bande-annonce du documentaire The Guy Delisles Chronicles.

Kolia naît dans les camps sibériens dans la Russie de Staline, en 1937. Il grandit dans la famine, le froid et l’absence d’amour. Premier coup de chance : il fait la connaissance de Iossif, Suisse d’origine, qui lui apprendra à lire, à rêver, à espérer. Iossif disparaît mystérieusement mais survivra dans les pensées et le coeur de Kolia alors que celui-ci se fraye un chemin jusqu’à Moscou où il se donnera en spectacle en tant que clown et magicien jusqu’à sa mort en 1995.

J’avais besoin d’une cassure après avoir passé 900 pages sur l’Amérique de Stephen King et j’ai été bien servi avec ce premier roman de la Québécoise Perrine Leblanc.

Mme Leblanc ne l’a pas jouée facile. Situer l’action en Russie sur une période de 60 ans en tenant compte des nombreux bouleversements que le pays a connus suscite l’admiration. Je n’ai eu aucune difficulté à me transposer dans l’univers de Kolia, ce qui est d’autant plus impressionnant considérant le fait que l’auteure n’a jamais mis les pieds en Russie. Saluons aussi la qualité de la prose : élégante, aussi froide que poétique, étonnamment maîtrisée pour une auteure d’à peine 31 ans.

Malheureusement, le récit ne m’a pas aussi séduit que l’enrobage. Le parcours de Kolia n’est pas des plus passionnants et le récit baigne dans une atmosphère lourde et dépressive dont on ne se libère qu’après le dernier point. Remarquez, je n’avais pas nécessairement besoin de rebondissements à l’emporte-pièce mais simplement d’éléments qui m’auraient rendu les protagonistes plus attachants. J’ai plutôt traversé L’homme blanc avec un certain détachement.

Malgré cela, je vais surveiller Perrine Leblanc de près. L’homme blanc s’est déjà mérité quelques prix et cette auteure a un talent fou. 31 ans!!!