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Bon, c’est sans trop de dommages que je termine l’exercice gauche/droite entamé ces dernières semaines. Après Comment mettre la droite K.O. en 15 arguments, c’était le tour de son contre-poids, L’État contre les jeunes, comment les baby-boomers ont détourné le système, signé Eric Duhaime.

Un peu sur le même principe que Jean-François Lisée, Eric Duhaime synthétise ses différents thèmes dans une plaquette (162 pages) qui se lit comme un grand article de magazine. Ses propos sont clairs et bien vulgarisés, même si ça frôle parfois la démagogie. C’est d’ailleurs ce qui m’irrite le plus dans ces débats gauche/droite. Lorsqu’on éprouve de la sympathie pour une idée de l’un des deux camps, on a parfois l’impression d’être manipulé, qu’il nous manque des infos pour avoir le portrait exact d’une situation. Sans surprise, comme le fait aussi Jean-François Lisée dans son livre en démonisant la droite, on nous bombarde de : « Ça n’a pas d’allure à quel point les baby-boomers ont abusé du système! » Une fois qu’on passe par-dessus ça, on réussit à apprécier la lecture de cet essai.

Des régimes de retraite jusqu’au syndicalisme, en passant par la santé et l’éducation, on expose pourquoi certaines initiatives d’hier ne sont plus adéquates aujourd’hui. Par exemple, peu importe son allégence politique, personne ne peut nier que le financement du Régime des rentes du Québec se dirige vers un gouffre important. Même moi qui est pourrie en math, je peux facilement comprendre que de passer d’un ratio de 7 travailleurs pour un retraité en 1986, à 3 travailleurs pour 1 retraité aujourd’hui, ça te débalance un système… Voilà un bon exemple de cas pour lequel on expose des faits d’une façon pas trop « partisane », et pour lequel on arrive avec des solutions intéressantes en proposant les modèles chilien ou suédois. Je suis toutefois moins à l’aise avec le point de vue de l’auteur sur l’immigration qui cible les comportements de certaines ethnies, et nous expose des statistiques qui bénéficieraient d’une meilleure mise en contexte.

Lire l’un après l’autre des livres qui font la promotion d’idéologies contraires, confirme que je suis une personne aux opinions modérées, décidément plus confortable au centre de ces propositions politiques. Je me reconnais parfois chez l’un comme chez l’autre. J’ose encore espérer qu’un jour, un parti fera la promotion du simple gros bon sens.

(Nous voilà à mi-chemin de ce petit challenge auto-imposé. Jusqu’ici, tout va rondement, mis à part quelques blitz de lecture de dernière minute et des petits retards de 2 ou 3 jours dans la publication. 50 to go!)

Henning Mankell est un des maîtres du polar moderne et probablement le porte flambeau de la vague de spécialistes scandinaves du thriller qui déferle sur l’Amérique du Nord depuis une bonne dizaine d’années. Avant Le Chinois je n’avais lu de Mankell que Les morts de la St-Jean, qui m’avait plutôt laissé de glace. Malheureusement, ça ne s’améliore pas avec celui-ci.

Ça commence pourtant sur les chapeaux de roue : 19 habitants du minuscule village d’Hesjövallen sont découverts morts dans leurs maisons, le corps mutilé. L’enquête conclut qu’il s’agit de l’oeuvre d’un illuminé qui se rend à la police et se suicide dans sa cellule. Cas clôt? Pas selon la juge Birgitta Roslin, qui avait des liens de parenté avec certaines des victimes. Elle entreprend sa propre enquête qui la mènera jusqu’en Chine et qui mettra sa vie en danger.

Le Chinois est un roman aussi complexe qu’ambitieux. D’un polar plutôt conventionnel, l’histoire évolue vers le roman historique puis vers le thriller géopolitique pour ne revenir qu’à la toute fin à l’intrigue initiale. Dison que le degré d’alourdissement du récit augmente dans la même proportion. Un moment donné, on a l’impression que l’histoire n’est qu’un prétexte de Mankell pour nous faire passer ses opinions sur la Chine moderne. Idée louable, mais le rendu aurait pu être plus subtil.

J’ai aussi eu l’impression que Le Chinois fusionne deux romans en un seul sans que, justement, cette fusion ne se concrétise pleinement. On en ressort déçu que l’auteur n’ait pu aboutir d’une oeuvre à la hauteur de ses ambitions.

Interpelée par l’éloquence des Jean-François Lisée et Eric Duhaime qu’on a entendu sur plusieurs tribunes défendre leurs convictions, j’ai eu l’idée de me taper leur livre aux idées opposées coup sur coup, question de me faire ma propre opinion. À les entendre, selon le sujet abordé, ma tête penchait à droite ou mon coeur battait à gauche. Serais-je ambidextre??? On verra bien!

C’est avec Comment mettre la droite K.-O.en 15 arguments de Jean-François Lisée, que j’ai décidé de commencer mon exercice de comparaison. Une plaquette d’à peine 150 pages, plusieurs tableaux, rien de trop lourd malgré le propos. Le titre ne pourrait être plus clair, on prend littéralement 15 « fausses » affirmations véhiculées par les ténors de la droite, et on les anéantit à grands coups de statistiques assassines.

On y apprend entre autres que, contrairement à ce qu’on aime nous faire croire sur de droites tribunes, les québécois sont travaillants et que le Québec n’est ni un enfer fiscal, ni infesté de fonctionnaires. Ces informations ne sont pas sans intérêt, cependant on se lasse un peu du ton « ça n’a donc bien pas de bon sens tout ce que la droite essaie de nous faire croire », présent dans chacun de ces premiers 15 chapitres.

J’ai préféré la seconde partie du livre, qui elle apporte des pistes de solutions, donne quelques statistiques sur des choses qui vont BIEN au Québec et qui fait un certain constat sur l’état de la souveraineté en 2012.

Comment mettre la droite K.-O. en 15 arguments se lit comme un long article de magazine. Un dossier bien documenté, sans objectivité aucune naturellement, qui va droit au but sans ambiguïté. Même s’il y a beaucoup de chiffres, de PIB, de revenu médian et de charge fiscale, lire Jean-François Lisée est toujours aussi agréable et instructif.

La suite de mon étude comparative dans 2 semaines, avec Eric Duhaime!

Asterios Polyp est un architecte réputé. Un architecte « papier » réputé. Ça veut dire qu’il a bâti exclusivement sa réputation sur ses designs et non sur les constructions qui en a résultés. En fait, aucun design d’Asterios Polyp n’a été concrétisé à ce jour. Pourtant, Asterios Polyp a écrit plusieurs livres, donné plusieurs conférences et est de toutes les soirées mondaines de New York.

Asterios Polyp est aussi un enculé de première. Fortement imbu de lui-même, il rejette toute opinion qui n’est pas la sienne et prend plaisir à écraser ses interlocuteurs, y compris sa femme Hana.

Enfin, Aterios Polyp est un raté. Après avoir tout perdu, y compris son appartement dans un incendie, il vide son modeste compte en banque pour s’enfuir là où un autobus le mènera. Il se retrouve dans un bled perdu où il refera sa vie en tant que… mécanicien.

Asterios Polyp est un roman graphique de près de 350 pages de David Mazzuchelli qui contribue à donner à la bande dessinée ses lettres de noblesse. C’est une oeuvre complexe, complètement éclatée sur le plan narratif mais aussi sur le plan esthétique : le dessin diffère selon les situations et les palettes de couleurs changent d’un chapitre à l’autre. Et ça marche à merveille.

J’ai lu Asterios Polyp en une soirée et je vais probablement le relire pour m’assurer d’en assimiler toutes les finesses. L’histoire est ponctuée de références philosophiques et métaphysiques et les nombreux flashbacks rendent l’expérience de lecture délicieusement tordue.

À lire absolument!

Maxime-Olivier Moutier a publié Les trois modes de conservation des viandes (j’adore ce titre!) en 2006, c’est donc dire qu’il était inscrit dans ma liste « à lire » depuis un bon moment déjà. La sortie de son plus récent essai, La gestion des produits, m’a rappelé que j’étais décidément bien en retard dans mes lectures…

Les trois modes de conservation des viandes entre dans la catégorie des livres lumineux, c’est un récit qui transpire le bonheur. Ça rayonne à un point tel qu’on frôle l’indécence, on se sent voyeur, presque « de trop ». Maxime-Olivier Moutier y raconte à quel point son quotidien le rend heureux; sa femme qu’il adore, ses enfants dont il ne peut se passer, le plaisir d’exécuter de banales responsabilités familiales comme faire la lessive ou laver la vaisselle…

Plate vous croyez? Du tout! Ce qui fascine dans L3MDCDV, c’est que MOM a travaillé fort pour atteindre ce bonheur. Rien ne le destinait à ce type de vie plutôt banale. Quelques chapitres nous en font d’ailleurs très bien la démonstration; des parents aux antipodes, un divorce inévitable, l’adolescence difficile qui s’en suit.

Comme j’avais d’abord lu deux récits  de MOM parus à la fin des années 90, Marie-Hélène au mois de mars et Lettres à Mademoiselle Brochu, mon idée était déjà faite sur le personnage et j’avoue que c’était loin d’être flatteur pour lui. Suicidaire, troublé, obsédé, on était à des lieux de l’homme épanoui qui a écrit L3MDCDV. Je suis convaincue que ces lectures, qui datent d’une douzaine d’années, ont influencées mon appréciation. Je me suis tellement sentie contente pour lui, heureuse de voir que parti de si loin, le bonheur a fini par le rattraper. Il y a beaucoup d’espoir dans L3MDCDV et l’effet en est multiplié lorsque l’on connaît le parcours de l’auteur.

J’aurais passé outre quelques épanchements sur ses (nombreux) états d’âme, ce qui ne m’a toutefois pas empêché de prendre plaisir à la lecture de ces 263 pages. Un feel-good livre.