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En ces temps où à Québec on parle surtout de cinéma pour souligner la fermeture de ses salles ou évoquer des statistiques qui confirment qu’elle est la pire ville au pays au registre de la présence de cinémas au centre-ville, nous avons profité de notre passage à Montréal pour se taper 2 films, en version originale à part ça!

Il est vrai que même avec l’arrivée de 2 festivals de cinéma dans la capitale (le Festival de cinéma de la ville de Québec et les Rencontres cinématographiques de Québec), on peut dire que l’absence de salles au centre-ville et la rareté des nouveautés présentées dans la langue de Shakespeare ça fait dur. C’est un peu pour contrer cette morosité cinématographique que nous avons choisi d’aller voir 2 films qui ne risquent pas d’être présentés à Québec de sitôt (en voa du moins), Page One et The Whistleblower.

Page One

Un documentaire qui parle des médias c’est toujours fascinant. Si ça concerne le New York Time en plus, ça devient carrément passionnant! Quand on sait que les imprimés subissent la crise la plus importante de leur histoire, passer un an dans les coulisses du plus grand quotidien américain permet de vivre ces nombreux bouleversements de l’intérieur. On y suit entre autres le chroniqueur David Carr, un drôle de personnage poqué par la vie, justement spécialisé dans les dossiers qui concernent les médias. Un film à voir pour quiconque a de l’intérêt pour l’avenir de l’information. Pour un aperçu…

The Whistleblower

Même si on n’est plus dans le documentaire, The Whistleblower raconte une histoire vécue à la fin des années 90. Une policière du Nebraska (Rachel Weisz) accepte un poste temporaire en Bosnie et y découvre un réseau de trafic humain. Des jeunes filles sont emprisonnées et forcées de se prostituer, alors que les instances internationales qui sont au courant de l’affaire préfèrent garder le silence.

Regarder ce film est un excercice de frustration intense et certaines séquences sont tout simplement insoutenables. Savoir qu’il s’agit d’une histoire véridique et que sans doute d’autres filles vivent actuellement le même sort, c’est troublant. À voir, en espérant que ce type de dénonciation fasse cesser ce traitement inhumain qu’on inflige sans scrupule à ces jeunes femmes, juste pour faire du cash. Inconcevable.

Un ex-donneur de sperme, raté notoire et amant poche, apprend qu’il a donné naissance à 533 enfants, dont près de 200 demandent à la justice de révéler l’identité de leur père biologique. Le « nouveau papa » veut conserver l’anonymat mais décide d’entrer subtilement en contact avec chacun des enfants, curieux de voir ce qu’il a engendré.

Bravo aux scénaristes Martin Petit (humoriste préféré) et Ken Scott pour cette brillante idée. Messieurs, j’ai l’impression que des producteurs hollywoodiens cogneront bientôt à vos portes si ce n’est déjà fait.

Quant au film dans son ensemble, j’ai passé un très beau moment bien qu’un truc a fini par m’agacer au fil du visionnement. Je m’explique : Starbuck est un feel-good movie intelligent, parfois drôle et souvent touchant, mais qui sollicite un peu trop notre affection. Les losers sont sympathiques, les crottés en apparence s’avèrent inoffensifs, les maladroits sont constamment pardonnés. À chaque fois qu’une situation potentiellement conflictuelle se pointe, elle se termine dans la joie et l’allégresse. Ken Scott a un peu trop grandeséductionné Starbuck alors qu’il aurait pu lui donner un peu plus de relief.

Rien à redire par contre des performances des acteurs principaux. Patrick Huard est parfait dans le rôle titre, Antoine Bertrand est (littéralement) dans ses pantoufles en avocat de petite semaine et père blasé, et Julie Lebreton incarne une Valérie qui fait penser à son personnage de Julie dans Québec-Montréal. Igor Ovadis est aussi ultra-attachant dans le rôle du père.

Peut-être suis-je un peu trop gosseux dans le fond. Starbuck est un divertissement supérieur à la moyenne, bien imaginé, bien joué, bien mené. On ne s’y ennuie pas une seconde. J’avais juste l’impression en entrant dans la salle que le film aurait le ton mordant de l’humour de Martin Petit. Sur cet aspect, je suis un peu resté sur ma faim.

Funkytown

Ils m’ont mis LA chanson dans la tête depuis le début de la campagne de promo, pas le choix de leur faire l’honneur d’aller voir le film! Même si je suis sortie de la salle encore avec la même *BIP!* de toune dans la tête, au moins, en bonus, j’ai vu un très bon film.

J’ai vécu l’époque disco en région pendant mes belles années d’école primaire, pourtant j’ai l’impression que le scénario de Steve Gallucio reflète parfaitement ce qui se passait à Montréal à ce moment-là : paillettes, décadence, pattes d’éléphant et overdose de cheveux à la « Farrah Fawcett wannabe ». On en vient presque à croire qu’on avait du goût dans les années 80, c’est tout dire!

Funkytown est un film choral, on y suit une demi-douzaine de personnages entre 1976 et 1980. De leur montée vers les plus hauts sommets jusqu’à leur chûte brutale sur le bon vieux plancher des vaches et, pour quelques uns d’entre eux, même plus bas. L’animateur vedette, la chanteuse déchue, la jeune première, le producteur véreux, ils sont tous là. On aimerait parfois en savoir un peu plus des uns et un peu moins des autres, mais au final on comprend pourquoi ils en sont tous rendus là.

Gros crush pour Paul Doucet qui aurait tellement pu se la jouer « grande folle » et qui, au contraire, nous propose une version de Douglas Coco Leopold so sweet mes chéris que you can’t believe tellement il est hot!

Un autre gros crush aussi pour la scène de danse à la Saturday Night Fever sur les rythmes de Daddy Cool, et pour l’ensemble de l’oeuvre de la bande sonore. D’autres l’ont déjà dit, on ressent les mêmes émotions que face à la trame musicale de C.R.A.Z.Y. La bonne chanson au bon moment.

Un film qui m’a beaucoup plu, plus sombre que ce que j’avais imaginé et qui m’a entraîné là où je ne m’y attendais pas.

Question quiz, merci d’avance si vous pouvez m’aider à trouver la réponse. Le film se termine avec un court texte sur le destin qu’ont connu certains des principaux personnages. Ce n’est pas un secret, on a souvent mentionné qu’on s’était inspirés de personnes réelles pour ce film. On indique donc que Bastien (Alain Montpetit) est décédé d’une overdose, Jonathan (Douglas Coco Leopold) est mort du sida et Mimi (???) est toujours une agente d’artiste qui a beaucoup de succès. Quelqu’un sait qui est cette MIMI???

Congé des fêtes = temps = divan et/ou siège poche du Cinéma Charest* = film. Cette année deux films ont « entertainé » notre temps des fêtes et, pur hasard, ces deux films ont au coeur de leur intrigue une adolescente, une quête, un père: True Grit et Winter’s Bone.

True Grit
Ça prend bien les frères Coen pour m’attirer au cinéma voir un western! Zéro intérêt pour les saloons, les shérifs ou les lassos, mais comme dans ce cas-ci on parle de (très) probables nominations aux Oscar, ça m’a un peu redonné le goût du Far West.

Le vrai courage
(c’est sans surprise la version française qui est présentée à Québec) raconte l’histoire d’une ado de 14 ans qui a du front tout le tour de la tête (excellente Hailee Steinfeld), qui part à la recherche de l’assassin de son père en compagnie de Jeff Bridges et Matt Damon. Voilà. On parle ici d’un film pur western comme on les aime (ou non!). On y retrouve les poursuites à cheval, les bons contre les méchants, le grincheux au coeur d’or et (on s’en doute) beaucoup de courage.

Oui je simplifie, sauf que ce qui fait qu’on embarque dans ce récit c’est sa sincérité. On saute à pieds joints dans cette histoire de cow-boys, comme les fans de John Wayne ont dû le faire en 1969 lorsque le True Grit « original » a pris l’affiche. Pas un film mémorable mais un bon moment de cinéma.

Winter’s Bone
Bon. Winter’s Bone. Soupir… Vous avez vu Frozen River sorti en 2008? Ça m’a fait le même effet. Petit film indépendant primé à Sundance avec un numéro d’actrice qu’on encense, une flopée de prix qui s’en suit, un buzz pré-Oscar. Résultat? Hâte de le voir mais vraiment déçue au final.

L’histoire : Ree est une ado de 17 ans qui a du front tout le tour de la tête (excellente Jennifer Lawrence – oui, elle aussi) qui doit retrouver son père recherché par la justice, pour éviter d’être expulsée de la maison qu’elle habite avec sa mère malade et ses jeunes frère et soeur dont elle s’occupe. Vous dire que c’est extrêmement déprimant serait trop réducteur, disons juste que si vous filez so-so vous êtes peut-être mieux de louer autre chose.

Personnellement j’ai beaucoup de misère avec la vie merveilleuse des pauvres gens. Ces histoires qui se passent plus souvent qu’autrement dans de petites bourgades perdues au fin fond d’un rang on ne sait trop où, les enfants laissés à eux-mêmes, les frigos vides, la vaisselle sale, les chiens qui errent, les gens qui crient, les chicanes qui se règlent à grands coups de claques sur la gueule. Vous voyez le topo? Moi ça me fout le cafard…

D’autres vous diraient sans doute qu’il s’agit d’un film plein d’espoir sur le courage, la détermination, la résilience. Le pire c’est qu’ils ont peut-être raison… À vous de juger.

*Vivre un film assis sur l’un de ces sièges (qui devaient être neufs quelque part entre 1978 et 1982) est une expérience en soi.

Fair Game

Y qu’on aime ça se faire happer par une histoire! Et ce, même si on la connaît en partie et qu’on sait comment elle va se terminer. Plus que ça, on aime presque les sentiments de frustration et d’impuissance provoqués par un récit bien ficelé, basé sur un fait vécu qui s’est déroulé dans la cour du voisin.

J’avais déjà entendu parler de Valerie Plame. Je savais que l’identité de cette agente du C.I.A. avait été révélée par l’administration Bush, en réprimande à un article publié par son mari Joe Wilson, à propos de la controverse entourant la présence ou non d’armes de destruction massive en Irak. Ce que j’ignorais, ce sont les détails derrière l’affaire. Allez voir Fair Game (ou Enjeux si, comme nous, vous n’avez pas le choix) pour vous faire raconter cette histoire avec les excellents acteurs que sont Naomi Watts et Sean Penn, mais en attendant voici le topo.

Donc Valerie Plame est une espionne qui bosse pour la C.I.A. Dans la foulée des attentats du 11 septembre elle enquête, avec ses collègues, sur le cas de l’uranium et des « tuyaux » (vous comprendrez…) qui seraient entre les mains des irakiens pour fabriquer des armes de destruction massive. Même s’ils ne trouvent ABSOLUMENT rien qui prouve leur présence, le gouvernement de Georges Bush utilise quand même cet argument pour déclarer la guerre à l’Irak. Joe Wilson (impliqué par la bande dans ce dossier) est complètement outré par ce mensonge et écrit une lettre ouverte au New York Times pour dénoncer le comportement des républicains. En réaction, ces derniers nient tout et en profitent pour « couler » le nom de Valerie Plame (Madame Wilson à la ville) dans les médias, ce qui est carrément un crime devant la loi.

Comme mentionné en intro de ce billet, c’est le festival de l’indignation devant tant de mensonges et de tractations politiques. Le film utilise des images d’archives qui montrent l’ancien président mentir à la face du monde, c’est révoltant! Quand on sait qu’il y a quelques semaines à peine le parti républicain reprenait du poil de la bête lors des élections de mi-mandat, c’est à espérer que tous les américains aient l’obligation de voir ce film avant de compléter un prochain bulletin de vote.

Pour en apprendre un peu plus, avant ou après avoir vu le film, voici un portrait du couple publié en 2004 dans Vanity Fair. Bonne lecture et bon cinéma!